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Confinés... avec Jérémy Bouquin #2

  • la-bouinotte
  • 25 mars 2020
  • 6 min de lecture

Dernière mise à jour : 26 mars 2020


C'est le moment de feuilletonner...

L'auteur berricho-tourangeau Jérémy Bouquin l'a bien compris et vous entraine dans un polar sombre, en temps réel.


 

Un feuilleton polar, créé spécialement pour le Confi-blog de La Bouinotte… C’est le pari, avec ce roman noir planté du côté de Levroux, dans l’Indre, dont il va nous livrer un épisode chaque jour.


Pas de titre pour le moment. A vous de trouver !! On attend vos propositions sur notre mail : la-bouinotte@orange.fr, ou sur les réseaux sociaux de La Bouinotte.


Jérémy Bouquin
Autodidacte, réalisateur de  courts et moyens-métrages, Jérémy Bouquin est auteur de romans  policiers, nouvelles noires. Il a participé à deux recueils de nouvelles  black Berry, éditions La Bouinotte. Sous l'alias Jrmy, il est scénariste de la Bd polar Le Privé. Mais dans "la vraie vie", Jérémy est  travailleur social.

Son site : http://jrmybouquin.free.fr

 


Épisode 02

Charly n'était pas si loin en fait.


Moins de deux kilomètres, c'est ce qu'indique un petit panneau invisible, mais il fallait tourner à droite ! À droite avant le grand chêne. Tout simplement.


Serge, qu'il s'appelle, l'ancêtre qui ramasse des champignons. Il a son coin, qu'il explique, dans le sous-bois, il connaît la forêt par cœur. La semaine dernière, il a plu et d'habitude avec les mousses, dans le sous-bois, y'a toujours les premières girolles.

Il radote, s'allume encore son clope, tape le Zippo en cuivre, la flamme ne vient pas. Il l'a pourtant rechargé ce matin, son briquet.

Charly a proposé de le ramener. Le vieux habite le bled. Le temps de charger le bicloune à l'arrière, de tordre le guidon et de plier les sièges, les voilà repartis.


Le SUV roule mieux, même la ventilation s'est remise à tourner.

Serge pompe sa clope, il n'arrive qu'à avaler sa propre bave. Il finit par ouvrir la fenêtre et balancer le mégot, fouille la poche ventrale de sa cote de pécore verte et sort un paquet de tabac brun et des feuilles. Il n'est pas du genre à capituler !

- Vous avez pas vraiment la tronche de l'emploi. Qu'il lui balance.

Il n'a pas la langue dans sa poche non plus, il est franc du collier.

- Quoi ?

- Curé ? Vous ressemblez pas vraiment à un curé ! qu'il dit, le vieux Serge. Il lèche les rebords de la petite feuille de papier cigarette et roule entre ses doigts crottés de terre.

Serge. Un ancien éleveur de vache, du fromage aussi qu'il faisait. Il dit qu'il a toujours un champ dans le coin, sa ferme n'est pas loin. Depuis qu'il est veuf, il a vendu ses bêtes, vit d'une pension digne d'un RSA. Vendre ? Il ne trouve pas d'acheteur ! Qui viendrait là ? Des Chinois ! Il se marre, pense encore à cette histoire… les Chinois… Il avait acheté des terrains pour y cultiver du maïs et y faire du pain !

Tu parles, elle est coulée leur affaire. A l'arrivée, les voilà maintenant empêtrés dans cette histoire de virus et de pangolin ! Un truc de fou, y paraît que sur RTL, ils auraient dit que le truc serait venu de là, d'un mec qui aurait eu l'idée de bouffer une bestiole toxique, il se serait contaminé et bim !

Y parle tout seul Serge.

Il cherche une réaction de Charly mais le « curé » ne répond pas.

Tant pis, il s'allume son clope et tire une bonne bouffée, il ne demande même pas l'avis au représentant de Dieu.

Il claque la langue un moment, jamais la route n'a été aussi longue pour arriver au bled… Le vieux reluque dans la caisse, le SUV est imposant, un sac traîne à l'arrière, il n'a rien vu dans le coffre. C'est rudimentaire, en bagage.

Y voyage léger le Padre.

- Je suis curé remplaçant.

Le vieux croit comprendre, il lâche un petit souffle. Son clopiot rejoint le bord de sa lèvre, où il va se coller naturellement.

Curé…

Charly garde les yeux rivés sur la route, lorgne de temps en temps sur son GPS, toujours pas de signal. C'est la pampa ici.

- Vous croyez qu'on va mourir ? qu'il demande le vieux.

- Quoi ?

- La fin des temps, la mort, le virus, « La Corona ! »

Il lui avait trouvé un drôle de nom à cette grippe. Entre le président Américain qui l'avait lui aussi surnommé « le virus chinois », toujours fin le mec ! Et les experts le Covid 19… ce n'était à rien y comprendre.

Mourir ?

Drôle de question, Serge doit avoir deux fois minimum l'âge de Charly ! Et question porte de saint Pierre, il est plus près que lui d'aller y frapper.

C'est plus vraiment le moment de s'en inquiéter.

Alors Charly préfère rester silencieux, il hausse les épaules, pense ne jamais avoir cogité à tout cela. C'est surtout une hypothèse qu'il préfère repousser.

Serge lui paraît plus morose, il souffle alors dans un brin de fumée :

- On va vivre la fin du monde…

- On arrive bientôt ? lâche le curé qui préfère changer de sujet, que s'enfoncer dans la morosité du moment.

Lui, il cherche le village, trouve un clocher au loin.

D'un coup, le GPS se relance, le signal repart. « Continuez tout droit », pousse mécaniquement la voix d'une femme enfermée dans les enceintes. Ils sont à huit cents mètres.

Il fait déjà nuit, il est plus de vingt-et-une heures...

Le panneau passé, le village paraît mignon, deux trois étangs, des rangées de petites maisons de pleins pieds, quelques routes étroites, à l'asphalte fatigué. Les réverbères donnent une couleur jaune à l'horizon. Il n'y a pas âme qui vivent dans le coin. Moins de sept cent habitants… Pour se nicher là et mener son affaire, Charly est bien mal barré.

Il passe un terrain de jeu pour enfants à droite, route de Levroux, indique le GPS. Le fameux Château est indiqué vers la droite.

Une petite place apparaît au bout de la route, le monument au mort est juste en face, la petite église en bout de village, avec son champ immense derrière.

- C'est là ! Lâche Serge, qui rallume son clope.

La maison du seigneur, il se marre.

Juste derrière, de l'autre côté de la rue, le Château justement. Ils ont fait le tour !

A cette heure, il va dormir où ?

- Un hôtel ? Demande Charly.

Il ne se voit pas dormir dans l'église…

- Un gîte… Lance le vieux. Il y a bien une chambre, pas loin ! L'ancien presbytère justement, on en a fait un gîte. Une Ritale qui tient le turbin ! Qu'il explique… Le vieux Serge se mobilise :

- C'est la guerre ! Qu'il lance bravache.

Il lui propose de faire demi-tour, de remonter la rue sur cinq-cents mètre, même pas.

Charly obéit, il braque le volant, ouvre la fenêtre, l'odeur du tabac lui monte à la tête. Il ne sait pas ce que fume Serge mais c'est pas vendu dans le commerce, son truc !

Il passe à peine deux vitesses qu'il doit déjà se garer.

Là ! Là ! Tape du doigt Serge sur le carreau, ils sont allés trop vite.

Le temps que Charly se lance dans une courte manœuvre, le vieux ouvre la portière. Il sort du SUV, manque se vautrer la gueule, se rattrape de justesse à la portière. Il va pour taper à la porte que la Gilda apparaît.

Une grande bonne femme, plutôt jeune, un fichu en tissus mauve sur le crâne. La voilà qui reluque l'ensemble, elle était devant sa télé, la météo quand les deux zigs se sont pointés.

On entend les commentateurs ergoter sur la démarche du président, la tonalité de son discours, on attend les informations du Ministère de l'intérieur sur cette histoire de confinement qui ne dit pas son nom. « Des mesures Historiques ! » commente « l'éditorialiste, analysto-journaliste » Christophe Barbier sur BFM-TV.

- Je te ramène un client, le curé ! Le curé remplaçant !

- Le curé ?

A voir la tronche du mastard, il ressemble plus à un déménageur russe qu'à un représentant de l’Église.

- Père Charly, lâche le bonhomme justement.

Elle fait mine de le saluer rapidement.

- Il cherche où dormir !

Gilda ne sait pas vraiment…

- Je peux payer. On me rembourse, il préfère de suite anticiper.

- C'est deux-cents la semaine.

Il entend, sort une liasse de billets, une belle somme. Il en tire deux de cent. Cash. Enroule le reste qu'il va fourrer dans sa poche.

Gilda reste de marbre, rien ne semble l’impressionner. Au même moment, une légère musique de jazz résonne.

Son téléphone, à Charly. Il avait oublié. Faut dire, il a acheté l'appareil à la gare. Un « jetable », usage uniquement pour la mission.

Appel Masqué.

Excusez-moi… Il s'écarte change de trottoir. Une voix de femme éclate, impatiente :

- Alors ? Tu l'as tué ?

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