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Confinés... avec Jérémy Bouquin #1

la-bouinotte

C'est le moment de feuilletonner... L'auteur berricho-tourangeau Jérémy Bouquin l'a bien compris et vous entraine dans un polar sombre, en temps réel.


 

Un feuilleton polar, créé spécialement pour le Confi-blog de La Bouinotte… C’est le pari, avec ce roman noir planté du côté de Levroux, dans l’Indre, dont il va nous livrer un épisode chaque jour.


Pas de titre pour le moment. A vous de trouver !! On attend vos propositions sur notre mail : la-bouinotte@orange.fr, ou sur les réseaux sociaux de La Bouinotte.

Jérémy Bouquin
Autodidacte, réalisateur de  courts et moyens-métrages, Jérémy Bouquin est auteur de romans  policiers, nouvelles noires. Il a participé à deux recueils de nouvelles  black Berry, éditions La Bouinotte. Sous l'alias Jrmy, il est scénariste de la Bd polar Le Privé. Mais dans "la vraie vie", Jérémy est  travailleur social.

Son site : http://jrmybouquin.free.fr

 


Épisode 01

16 mars, vingt heures passées de quelques minutes.


La radio est en boucle. La fréquence est mauvaise, ça grésille, le RDS fait des allers-retours depuis qu'il est sorti de l'autoroute et qu'il est entré dans Châteauroux.

“ Dès demain mardi midi et pour 15 jours au moins, nos déplacements seront très fortement réduits ”, le ton est particulier, solennel. Le président est en direct. Sur toutes les antennes, le temps est suspendu.

Y'a bien que Charly pour se galérer avec son GPS. Il vérifie encore, ces foutues coordonnées GPS sont pourtant claires ! C'est dans dix kilomètres maintenant, il a dû louper un croisement, il cherche un moment, tapote sur l'écran tactile, c’est la galère… Bouges-le-Château, 47° 02′ 25″ nord, 1° 40′ 27″ est.

Sortie de Levroux, départementale 2. Une forêt dense, une route déglinguée. Puis voilà que l'appareil se met à faire des siennes, cherche maintenant le satellite, l'application se galère. Le sablier défile à toute vitesse, elle est bloquée la machine. Merde !

Reste France bleu Berry, le président qui lance alors dans un souffle profond : « Toute infraction à ces règles sera sanctionnée » , il prévient. Emmanuel Macron qui répète que la France est « en guerre ».

« Les réunions amicales, familiales, les déplacements dans les parcs ne seront plus autorisés partout sur le territoire français, en métropole comme en outre-mer. Les activités sportives sont autorisées mais à condition de respecter les règles de distanciation sociale. Toutes les entreprises sont appelées à faciliter ou mettre en place du télétravail. Toute notre énergie, toute notre force doit se concentrer sur un seul objectif : ralentir la progression du virus ».

Des jours qu'on en parle, de la crise sanitaire mondiale. Charly n'a pas tout compris au truc. La

maladie commence à tourner vinaigre, on parle de pandémie. D'un super virus, au début un truc qu'on décrivait comme une grippe carabinée. Un truc venu d'une chauve-souris ou d'un pingouin, bouffée un jour d'hiver par un chinois… Ce n'est pas très clair.

Puis la grippe qui tourne sévère, les frontières qui se bloquent, la psychose qui gagne l'économie, les politiques, les habitants. On compte les morts.

Charly, lui n’a pas trop suivi l'affaire. Puis c'est pas un toubib, lui. Il est malin, il est efficace.

Déjà parce qu'il n'écoute pas souvent les infos, qu'il n'a pas forcément de chez lui, que Charly, c’est le genre de mec qui se préoccupe pas de tout cela : l'humanité, ses semblables, les autres, le vivre ensemble.

Charly, c'est du genre « Dur à cuire ».


Un ancien de la légion, bidasse pas clair, puis cogneur pour certains, chauffeur pour d'autres. On le paye souvent pour assurer des jobs pas nets. La petite quarantaine, le visage abîmé par des bastons, une petite maladie de peau aussi.

Alors quand le Président balance : « La France est en guerre… »

Il sourit. Lui, la guerre, il l'a vécue, dans des opérations extérieures, sur le terrain, au Mali, dans le Sahel, pour l'opération Barkhane, il a même sué son treillis du côté de l'Afghanistan. Les forces spéciales, commando, bidasse. Il a terminé son contrat il y a de cela deux ans, puis il s'est converti peu à peu. De retour au pays, on lui a proposé des jobs, « qui correspondent à ses compétences »… Pôle Emploi, la blague ! Agent de sécurité au Mac Do puis dans des usines… hors de question de trimer pour mille balles par mois à jouer avec sa gazeuse.

Charly, c’est un cogneur, du genre ligne de front, baroudeur. Alors, il a monté son business à lui.

Bordel !

Enfin là, il sourit moins, il est perdu.

Deux fois qu'il passe par là ! Deux fois qu'il trouve le même croisement, la série de panneaux, direction Châteauroux. Le Berry. Déjà que le Nissan Qashqai de location fait un drôle de bruit, le chauffage tourne à peine, la ventilation a lâché, la buée couvre le pare-brises, il en est obligé d'ouvrir… pourtant le type des locations à la gare de Châteauroux lui avait assuré que… Vous verrez c'est Chinois…

Nissan ! Chinois ?

Charly n'a rien dit, mais le gars ne semblait pas calé en géographie, et visiblement pas plus en bagnole.

Allez ! Il lance une marche arrière, cherche même pas à comprendre, il a dû louper une route. Le GPS avait pourtant indiqué d'aller tout droit, il devrait même voir un petit château…

Il donne un coup de volant, balance une première, les pensées qui vagabondent, il enfonce la pédale un grand coup et Basta !


Là, une ombre.

Pas le temps de comprendre, qu'il donne un coup de patin, de volant, sursaute dans le SUV. Il a manqué un truc, donne du revers de la manche sur la condensation qui s'est accumulée sur le carreau.

Merde ! Un vieux.

Le type frêle, moitié bossu, paraît tout autant surpris que Charly. Miraud, il plisse les yeux derrière ses lunettes, lâche un sourire sans vraiment de dents, la langue noire. Un gars à vélo, enfin dont la bicyclette Peugeot semble tenir le papy, le béret vissé sur la tronche, le clopiot au bord du bec. Il a l'air bien allumé le lascar. Il est figé sur le bas-côté. Plus de peur que de mal !

Le moteur de la voiture en surchauffe se met à déclencher son ventilateur.

- Ça va ? Qu'il lance au gars. Charly évalue rapidement la situation, à dix mètres près, le gars terminait sous le SUV.

Il s'en est fallu de peu.

Il ne l'a pas vu, faut dire avec ce bois, les petits chemins, les taillis épais, pour y voir âme qui vive, c'est pas facile.


Le vieux mec tapote sa poche, sort un briquet pour allumer son clope humide. Il rumine un truc, s'arrange avec un panier en osier vide. Ce n'est pas vraiment la saison des Champignons !

- Je cherche Bouges-le-Château ! Qu'il lance, Charly, sans vraiment de politesse.

Il est pourtant passé à deux doigts de le faire passer de vie à trépas. L'autre bougre qui n'a toujours pas calculé, baragouine un truc, cherche à tendre l'oreille : Bourges, le printemps ? Ce n'est pas trop l'époque, puis ce n'est pas vraiment là… Qu'il croit avoir entendu. Il est bouché comme un pot, il entend que dalle avec le moteur qui en plus n'arrête pas de monter dans les tours.

La surchauffe est généralisée.

- La Borne ! Beugle Charly, il baisse la radio.

Le visage de l'autre s'éclaire enfin, le clope humide se met même à fumer.

- Ah la Borne… C'est devant, tout droit, deux kilomètres…

Le vieux qui reluque la mine patibulaire du mec dans le SUV.

- C'est qu'il est perdu ? Qu'il demande le gars.

Il tire son vélo, comme il peut pour avancer en direction de la portière.

- Je cherche le village. Bouges.

- Vous venez pourquoi ?

Charly n'a pas de réponse, mais qui viendrait là ? Surtout maintenant ?

- Vous êtes « le nouveau » ? Qu'il croit deviner le vieux.

- Le nouveau ?

Charly comprend pas.

- Le nouveau curé ! Pardi ! On attend le nouveau curé !

Un curé ? L'idée plaît bien à Charly… Pourquoi pas !

- C'est ça papy ! Je suis le nouveau Curé… Il lui propose même de grimper.



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